Comme Josephine B, j'ai deux amours : nièce n°1 et nièce n°2. Même si mon pays et Paris, hé ben, je les aime aussi.
J'ai été tellement heureuse de l'arrivée de n°1 ! Que je n'ai en fait jamais appelée comme ça, d'ailleurs.
Je me souviens de l'appel, en pleine nuit, de mon frère qui m'annonçait son arrivée. Et de ce sentiment étrange que j'avais gardé tout au long de la journée du lendemain, ma première journée comme Tata.
Sentiment étrange, mélange de fierté (et je ne comprends toujours pas à quoi elle est liée, cette fierté absurde puisque ne se basant sur rien, si ce n'est un statut pour lequel on n'est en rien acteur), de bonheur, de soulagement (quand on est inquiet de nature, une grossesse c'est un mega stress, même si ce n'est pas la sienne) d'avenir radieux (enfin, on le souhaite très très très fort) de découvertes et d'aventures partagées.
Je suis Tata.
Souvent cette appellation est méprisée. Elle n'est pas élégante, je vous l'accorde. Mais c'est pour moi la plus juste, la plus affectueuse parce qu'un peu enfantine.
L'usage Nièce n°2 est nettement plus fréquent.
Le souvenir de sa naissance est moins précis. Moins d'extraordinaire dans l'arrivée du deuxième enfant, forcément. Mais je l'ai attendue quand même impatiemment... une fois la (petite) déception passée (ah ben c'est pas un garçon, oh zut).
En attendant de connaître son prénom, c'est comme ça que je la désignais. Numéro 2. Au grand dam de ses parents qui ne goûtaient pas trop l'expression ... Rien ne m'amuse plus que ces clins d'œil aux films ou séries intégrés à mon quotidien. Ça me donne l'impression d'être une héroïne (j'ai des plaisirs simples, vous voyez).
En tout cas n°2 est un sacré numéro. Et j'aime tant qu'elle ne soit pas un garçon, finalement. Vraiment pas d'ailleurs ; elle ne sort jamais sans ses bijoux (collier, bracelets et bagues). Elle est très coquette, craquante, affectueuse, démonstrative. Elle fait des bisous bien sonores. Attach(i)ante lui va si merveilleusement ! C'est l'adjectif qui la désigne le mieux.
Je disais donc que mes nièces m'amusent, m'émeuvent, m'émerveillent, me font rire, me surprennent, m'épatent, me font me bouger, me dépasser.
Ce matin, exceptionnellement, c'est moi qui les conduisais à l'école.
A 50m de l'entrée n°2 me dit :
- tu peux nous laisser là, Tata
La grande confirme : oui Papa nous laisse là. Tu peux partir.
Ce fut comme une claque.
Interloquée, je l'avoue, ma première pensée a été de croire qu'elles avaient honte.
Et d'hésiter sur le motif. je me suis demandé, incrédule, si c'était déjà la "honte de s'afficher" des ado!? Je me suis demandé, nombriliste, si c'était parce que je suis grosse, si elles ne voulaient pas être vues avec moi.
Le racisme antigros est comme celui des blacks et des homos, toujours en embuscade ... Dans l'esprit des "victimes" qui sont parano... Ou hyper sensibles. Ou hyper vigilantes. Ou traumatisées. Ensuite, j'ai pensé que j'allais faillir à ma mission en ne les emmenant pas précisément à la porte de l'école, qu'il y avait un risque en les abandonnant déjà ! Oui, oui, je consulte un spécialiste, il a du boulot ;-(
Et puis, revenue à la raison, et aussi à la bienveillance qui m'habite depuis peu - du moins, que j'essaie de conserver lorsque je suis avec elles- je me suis rappelé que c'était mes nièces, des enfants avec le désir d'indépendance et d'autonomie de leur âge.
Aucune peur à avoir : l'école est sur le même trottoir, à peine 50 mètres plus loin. Alors, j'ai dit ok. J'ai répondu (comme toujours) très volontiers à leur bisou et leur ai souhaité je crois, une bonne journée. Je les ai accompagné encore un peu, de loin, sans les quitter des yeux et en leur faisant un signe quand elles ont passé la porte de cette école dans laquelle j'allais moi aussi. Un peu triste de les quitter, ... un peu soulagée d'avoir rempli ma mission ... et de rejoindre ma vie, après cette parenthèse, en partant au bureau.
Nièce n °2 m'a répété récemment que j'étais une " Tata trop cool", qu'elle avait " trop de la chance d'avoir une Tata comme moi. Je l'ai dit à mes copines". A-t-elle précisé.
Alors, j'ai pensé : et dis petite chérie, si tu le disais plutôt à leurs papas !?
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